Un café avec Emmanuel Quinchez



Nous avons rencontré Emmanuel durant l'écriture du Manifeste. A peine diplômé, il a déjà de nombreux projets au compteur. Passionné d'opéra, il a pour cet art séculaire de grandes ambitions contemporaines et enfonce les portes pour rendre les choses possibles. Nommé à la tête de la Péniche Opéra, shortlisté pour le Théâtre Anne de Bretagne (scène conventionnée de Vanne), il est de ceux dont les journées sont trop courtes et pour qui l'illégitimité de la jeunesse est une notion erronée. 

Avec amitié, il s'est prêté au jeu du portrait et c'est avec un grand plaisir que nous le publions comme un témoignage de plus que le changement est déjà à l’œuvre, grâce notamment aux jeunes entrepreneurs culturels.  


"Ma passion pour l’opéra est née relativement tard dans mon parcours. J’avais presque vingt ans et m’étais déjà tourné vers le secteur culturel depuis plusieurs années. Cette passion naissante m’a orienté vers l’Opéra national de Paris et l’Opéra-Comique où j’ai compris le lien fort qui existe entre cet art dont je dévorais les classiques et cette institution, particulièrement lourde, qui le préserve en même temps qu’elle le cantonne à une forme contrainte et un peu hors du temps.
Lorsque j’ai été nommé à la direction la Péniche-Opéra, compagnie nationale de théâtre lyrique et musical, j’avais cela à l’esprit : faire vivre une force de création d’opéras d’aujourd’hui émancipée de son institution. Bien sûr, il ne sera peut-être jamais possible d’aller jusque-là, mais l’idée était au moins d’ouvrir l’opéra tel qu’il existe aujourd’hui aux autres arts, tant dans ses modes de productions que dans ses esthétiques. Au fond, il s’agissait de dépasser l’opéra comme genre pour revenir à qu’était l’opéra comme art : une forme de spectacle chanté qui raconte une histoire, où la musique joue un rôle dramatique fort. Cette manière de concevoir l’opéra, qui suggère par exemple que la musique électronique y a tout aussi bien sa place que la musique classique, est pour moi essentielle dans le projet d’un opéra créatif. 
Elle n'est pas radicale. Elle implique simplement l'ouverture d'esprit qu'implique la transversalité. Mais, comme toute chose qui questionne la tradition, elle a suscité des réactions violentes, au sein même de la structure qui nous avait choisie. Et, finalement, je n’ai pas pu en prendre la direction.
Mais les projets de spectacles étaient mûrs et les partenaires publics partants. J’ai donc créé un bureau de production, Miroirs Étendus, qui poursuit aujourd’hui le travail engagé. Les artistes avec lesquels nous travaillons le méritent. Si tout va bien, le premier spectacle devrait voir le jour dès 2015 : un récital augmenté. Pour la suite, nous travaillons sur un plus grand projet, Les Constellations, qui associe une jeune compositrice anglaise, trois musiciens, trois chanteurs et une jeune troupe de comédiens dont le metteur en scène est issu. Le travail de plateau et l’écriture collective, peu familiers de l’opéra, seront au cœur…  
Bien sûr, tout ne se fera pas en un jour. Mais je suis serein : nous avançons."




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