Un café avec... Rémi Larousse

 

 

Rémi, on a du se croiser dans les couloirs de Sciences Po, mais sans se voir ni se connaître.

Par amis communs, j'ai entendu parler de cet ancien élève devenu magicien. Par curiosité je suis allée voir son spectacle, "Le Script", et ça m'a plu. On en avait d'ailleurs fait un article sur Rue89 en 2011.

Et puis on s'est vraiment rencontrés, par hasard, au Creative Morning où Jérôme Ruskin d'Usbek & Rica était invité (mais c'est un autre sujet qu'on abordera bientôt).

J'ai trouvé ça original, un magicien dans cet antre de créatifs version pubeux. Avec son costume sombre, il était presque le plus habillé de l'assistance. J'ai trouvé ça bizarre pour un intermittent (il n'y a pas plus encline aux clichés sur les intermittents qu'une intermittente...). Quand il m'a expliqué être aussi consultant en innovation pour des entreprises, alors là je l'ai carrément invité à prendre un café. 

 

Outre le mauvais caractère légendaire des serveurs du Wepler, il a beaucoup été question d'enfance et de belles histoires.

 

Quand on a sept ans, au fin fond des Pyrénées Orientales, pour découvrir la magie et les secrets de la scène, il faut attendre les passages des petits cirques itinérants qui sillonnent le territoire. Pour accéder aux coulisses qui l'attirent, Rémi se fait embaucher comme petite main à chaque fois qu'un nouveau chapiteau débarque.

Jeune adolescent, il aime d'instinct ce qui sépare le visible, la scène, et le joyeux foutoir qui peut régner derrière. Un jour, dans un de ces cirques, il rencontre un magicien qui lui souffle quelques titres de livres. Et hop, Rémi se retrouve dans la rue pour tester ses premiers tours. Déjà il ose essayer ! Déjà, il n'est pas attiré par les cartes et la magie de salon mais par la scène qu'il recrée avec une planche, l'été dans les Landes.

Rémi est bon élève, passe son bac, et choisi une prépa Sciences Po pour "monter à Paris", presque un prétexte pour se rapprocher du milieu des magiciens. Entré rue St Guillaume, il part en troisième année à Boston. Là, il découvre le mentalisme, une technique qui n'était pas du tout développée en France. De scènes ouvertes en spectacles sur le campus, il s'initie à cette technique.

De retour en France, diplômé, il fait un choix particulier : travailler comme consultant en innovation tout en développant sa carrière de magicien.

 

Loin de la figure de l'artiste maudit, enfermé dans sa bulle, loin des codes sociaux, Rémi incarne donc une alternative possible, bien ancrée dans les enjeux de notre génération de slasheurs et de notre société clignotante. Ce que je trouve le plus réjouissant, c'est qu'il ait trouvé Son alternative, son équilibre. A l'écouter, c'est grâce à ces deux regards sur le monde, aux différentes rencontres qu'il fait sous ses deux casquettes qu'il nourrit son travail de magicien. Cette respiration lui permet de ne pas être en vase clos, de ne pas se mettre la pression, de ne jamais s'ennuyer.

 

Mais derrière son costume (trois pièces), j'ai voulu savoir ce qui anime un magicien. On a compris que Rémi aimait bien sortir des sentiers battus. Alors il a voulu emmener la magie au théâtre. Pour que le poids du lieu le force à dépasser le coup de bluff, l'enchaînement de numéros. Pour travailler ses tours, il a eu besoin d'un personnage. Naturellement, il a instillé les codes du théâtre dans sa magie, a usé de la poésie. Alors que le nouveau cirque mène cette entreprise de réenchantement depuis quelques décennies, la magie s'y met doucement et Rémi y participe.

En filigrane de son récit, on perçoit la solitude du magicien, technicien qui travaille sans relâche ses tours, cherche de nouveaux trucs et surtout cultive le secret comme un inventeur protège son brevet. Pour emmener son spectateur vers le mystérieux, l'impalpable qui fascine, Rémi va doubler son travail de magicien de celui de l'acteur. Il va ajouter aux trucages les ingrédients d'un vrai voyage : l'histoire, la poésie, la beauté.

Du public français, réputé comme le plus difficile en digne descendant de Descartes, Rémi a appris les composantes d'une bonne histoire : l'implication du public, l'humilité nécessaire du magicien sur scène qui ne doit pas imposer sa position de "sachant", l'humour, la poésie. Avec tout ça, on souhaite donc qu'il continue à inventer des tours et des personnages qui nous fassent voyager, pour faire de la magie une discipline à part entière, créative et réactive aux innombrables possibilités de notre siècle.

 

 

 

 

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Rémi joue encore Le Script pour quelques dates au Théâtre Trévise :

Les mercredi (20h) et samedi (17h) jusqu'au 14 mars 2015 au 14 rue de Trévise 75009 Paris

 

 

 

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