Rencontre du troisième type


Un moment d’anthologie.

Je ne saurais comment décrire autrement l’évènement auquel  j’ai assisté hier matin.

 

Imaginez la présentation de saison d’un Centre Dramatique National de banlieue parisienne.

Imaginez que la direction du théâtre, soucieuse de son inscription dans un territoire peu connu pour sa fréquentation des salles de spectacle, ait choisi le Mini Palais, restaurant branché du 8ème arrondissement, pour inviter autour des cinq metteurs en scène à l’affiche, une petite communauté d’initiés, journalistes, fidèles abonnés, et artistes de leur état. (Dois-je faire ici un paragraphe sur la sociologie singulière de ces invités, tout à fait représentative de la population de la dite ville de banlieue ?

Je ne pense pas que ce soit nécessaire.)

S’en suit deux heures d’échanges.

 

Présenter son œuvre constitue pour tout artiste un exercice difficile, voire périlleux. Dire son œuvre, c’est se dire. Sans tout dire pour autant.  C’est raconter l’histoire d’une naissance, celle de l’œuvre, ou le récit d’un avènement, celui d’une forme jamais complètement achevée qui tout d’un coup s’impose. Mettre des mots sur ce processus, c’est déjà figer, arrêter, nommer, c’est déjà trop en dire.

Et pourtant.

 

Deux heures d’obscure logorrhée. A n’en pas douter, cette scène trouverait bonne place dans un film d’anthologie genre « Vol au dessus d’un nid de coucou » ou « Rencontre du troisième type », le plus étrange étant cependant que ceux là même qui tentent de communiquer avec nous parlent notre langue…

 

Que retenir de ces échanges ? Le souvenir d’une matinée ubuesque dans un lieu fort sympathique ? Une liste de mots inconnus de la langue française tels que « coudoiement », « colure » ou autres barbarismes ?  La conviction bien trop facile que le monde des créateurs est à monde « à part », amusant,  presque fascinant mais qu’il est à approcher comme des ornithologues s’approcheraient d’un groupe d’oiseaux non répertoriés à l’inventaire ?

 

Ce serait bien dommage.

Bien loin d’ailleurs de l’intention de la directrice des publics à l’initiative de cet évènement.

Les publics ? Parlons-en.

Absents.

Pas un mot en deux heures.

Pas même, à un moment, l’évocation de cette oreille, discrète, dans le noir, qui écoute, cherche, s’interroge et tente de comprendre.

 

Je veux retenir ici l’occasion d’une adresse à ces créateurs, auteurs, metteurs en scène, comédiens, tous artistes de talent.

Du lieu où vous êtes, lointaines contrées aux langues méconnues, tâchez, de grâce, de trouver un chemin pour nous rejoindre, nous modestes spectateurs, simples vivants dans une société où l’art trouve si peu à se dire. Vous retrouverez alors le sens du théâtre, du théâtre public qui, pour porter notre nom, est aussi le nôtre.

 

 

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