Un café avec... Miki Tajima

Crédits : Bruno Gasperini
Crédits : Bruno Gasperini

Un café avec...

Nous les avons voulu les plus libres possibles ces rencontres. Un certain jour, à un certain endroit, donner rendez-vous à un inconnu par l'entremise de quelqu'un, "tu verras... je ne peux pas t'en dire plus... c'est quelqu'un de particulier...'", guetter son arrivée en essayant de se souvenir du signe distinctif qu'il nous avait donné, commander un café, puis deux et laisser l'odeur réconfortante du brevage dissiper les premiers instants de gêne. Enfin, tendre l'oreille et suivre le fil du récit : un artiste, une histoire, un désir de quelque chose, les mots pour le dire et le mouvement pour le danser...

Nous les avons voulu les plus libres possibles et quand j'ai vu arriver Miki je crois que je ne m'attendais pas à me laisser à ce point surprendre par la simplicité d'une rencontre, d'un moment partagé gratuitement où ce qui compte est seulement de tenter de s'appocher le plus près possible d'un mystère.

Miki Tajima est un mystère et je crois qu'une bonne demi-douzaine de cafés ne permettront jamais d'en saisir la portée. Né d'une mère hongroise et d'un père japonais, il se lance à corps perdu dans la musique, il sera un grand pianiste... non, disons plutôt peintre puisque c'est aux Beaux-Arts qu'il est sur le point de rentrer... avant de renoncer au profit du Kendo, de la prestidigitation, de la danse... Les talents ne manquent pas et l'on imagine sans mal ce jeune homme de vingt ans jongler avec l'un puis avec l'autre, valse hésitatante d'un artiste complet qui ne voudrait se priver d'aucune forme pour exprimer ce qui au fond de lui tremble, comme une parole sans les mots qui aurait besoin de magie, de musique et de couleurs pour se dire.

C'est sur une balle transparente en plexiglass de la taille d'un pamplemousse que Miki Tajima a jeté son dévolu. Mystère. Et pourtant, il sufffit de la voir rentrer en mouvement, glisser, filer, danser, virvolter, parfois s'envoler puis retomber dans une chute nonchalente sur le moelleux d'un bras ou d'une épaule... pour comprendre que ce qui se montre là ne pouvait être autrement dit. Balle contact est le terme exact, un art de la rue qui s'accompagne de musique et qui s'apparente davantage à un duo qu'à une performance solitaire. Effleurer la balle pour la faire tourner, accompagner son mouvement, raconter son histoire comme celle d'une larme fragile au travers de laquelle le monde se contemple.

Lorsque Miki danse, le monde ne disparait pas il se transforme, il se concentre au creux de cette sphère transparente où les passants curieux peuvent voir leur propre silhouette se refléter entre les mains de ce magicien. Pas un mot, pas une parole, juste la musique, quelques gestes et une goutte d'eau pour compagne. Extrême épure qui laisse sans voix, instant fugitif où la beauté et la grâce se déploient dans la fragilité.

 

Mais déja la musique s'est tue, les passants se dispersent, l'artiste reprend son chapeau, sa balle et sa route tandis que je cherche encore les mots justes pour lui dire simplement merci.

 

Miki Tajima

http://www.mikitajima.com/

.. à découvrir de jour ou de nuit, quelque part entre la Place Colette et la Place du Palais Royal. 

Actuellement en résidence au 104 à Paris

K&AA : les questions d'Artistik Bazaar

 

Quel a été ton premier choc artistique ?

Il y en a deux :

- dans les rues d'Avignon, pendant le Festival, je suis tombé sur un spectacle de butō de Atsushi Takenuchi

- toujours à Avignon, au camping, j'ai rencontré un jongleur contact. J'ai été fasciné. Pendant une semaine il m'a appris les bases, puis je me suis entraîné tout seul dans les parc pendant plus d'un an, jusqu'à me rendre compte que les gens s'arrêtaient. Je suis alors allé dans la rue. J'improvisais avec mon Ipod, rien ne m'a arrêté, même pas la pluie.

 

Un mot, un message que tu véhicules à travers ta danse ?

C'est vraiment en recherche. Dans les gestes je cherche la pureté. Mais j'ai aussi envie que mon art serve. Même si c'est bizarre à dire, le mot qui me vient en réponse à cette question c'est "amour".

 

Où puises-tu la force de créer ?

Je ne sais pas...

Je ne suis pas quelqun de très volontaire mais je n'ai jamais laché la balle contact. Pendant les deux premières années ça a été beaucoup de plaisir, c'était facile. Aujourd'hui c'est devenu un travail, une recherche.

 

Quel est ton rêve aujourd'hui, comme artiste ?

J'aimerais vivre quelque chose de beau, une belle vie pour pouvoir le rayonner à travers mon art. J'aime ce que je fais même si ça n'est pas toujours facile. Je veux exprimer à travers ma danse quelque chose de beau et pour ça je crois que je dois le vivre d'abord.


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Commentaires : 2
  • #1

    Victoria Picone (mercredi, 26 mars 2014 16:18)

    Incroyable article les Marine ! Merci beaucoup de nous faire partager cet art.
    Miki est un artiste unique en constante quête de pureté ... Allez le voir danser, c'est magnifique.

  • #2

    YoYo (mercredi, 26 mars 2014 19:07)

    Très bel article, et de ce que je connais de lui, c'est une description très fidèle!